Reprendre (verbe)
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
(Il se conjugue comme PRENDRE.) Prendre de nouveau. "Reprendre les armes. Reprendre un prisonnier qui s'était échappé, un oiseau qui s'était envolé. Reprendre une ville sur l'ennemi qui s'en était emparé. Reprendre à son service un ancien domestique. Cet homme a repris sa femme après une longue séparation. Après son exil, il reprit sa place au Sénat. Il a repris ses habits d'été, d'hiver. Il a repris médecine. Reprendre du pain, de la"
"Reprendre un chemin," Y rentrer après l'avoir quitté. "Nous reprîmes le chemin à tel endroit."
"Reprendre la mer," Naviguer de nouveau.
"Reprendre pied," Retrouver le fond de l'eau avec les pieds, après l'avoir perdu.
Fig., "Reprendre le dessus," Regagner l'avantage qu'on avait perdu. Il signifie aussi Se rétablir après une grave maladie. "Il a bien repris le dessus."
Fam., "On ne m'y reprendra plus," Je me garderai de m'exposer de nouveau au même danger, au même ennui. On dit par forme de menace : "Que je ne vous y reprenne plus! Que je vous y reprenne!..."
REPRENDRE signifie aussi Prendre ce qu'on avait donné. "Reprenez votre cadeau, je ne puis l'accepter. Reprenez le mandat que vous m'avez confié."
"Reprendre une marchandise," Accepter qu'on vous la rende et en annuler la vente.
Fig., "Reprendre sa parole," Retirer une promesse qu'on avait faite. "Il avait, donné, sa parole un peu vite, il essaya de la
REPRENDRE signifie aussi Recouvrer. "Cet homme laisse une fortune importante, mais sa veuve a beaucoup à
"Reprendre son haleine," Recommencer à respirer après une interruption accidentelle, plus ou moins longue.
Fig., "Reprendre haleine," Se reposer pour se mettre en état de recommencer à parler, à marcher, à travailler, etc.
REPRENDRE signifie encore Rejoindre quelqu'un pour l'emmener. "Attendez-moi, je viendrai vous
Il signifie également Se remettre à quelque chose après une interruption. "Il a repris son travail. Ils ont repris leur correspondance, interrompue. Ils ont repris, leur train de vie accoutumé. Il faut
"Reprendre une chose, une histoire de plus haut," La raconter en la commençant à un point plus éloigné dans le temps, pour rendre la narration plus claire, pour mieux éclaircir le fait. "Pour vous bien instruire, de cet événement, il faut
"Reprendre les choses de plus haut," Remonter à des vérités antérieures, à des principes généraux.
"Reprit-il, il reprit" se dit lorsque, rapportant une conversation, on fait parler de nouveau l'un des interlocuteurs. "Il reprit ainsi. Il reprit en ces termes. Cela est indubitable, reprit- il; mais..." Dans ces phrases, "Reprendre" s'emploie absolument.
En termes de Procédure, "Reprendre une instance," Continuer avec une nouvelle partie, ou avec la même, un procès commencé et qui avait été interrompu. "Il a fait assigner les héritiers d'un tel, pour
"Reprendre une tragédie, une comédie, etc.," La remettre au théâtre.
"Reprendre un mur," En réparer, en fermer les crevasses. "Reprendre la façade d'une maison."
"Reprendre un mur, un pilier, etc.," sous oeuvre, en sous-oeuvre, Reconstruire, les parties inférieures d'un mur, d'un pilier, etc., en soutenant le reste.
Fig., "Reprendre sous oeuvre un projet, une entreprise, un ouvrage," S'en occuper en suivant le même plan, mais avec certaines modifications, certains changements.
"Reprendre une maille," La rattacher.
REPRENDRE signifie encore Réprimander, blâmer, censurer quelqu'un pour ce qu'il a fait ou dit. "Reprendre doucement. Reprendre aigrement, durement. On a beau
Il signifie aussi Blâmer, censurer, critiquer quelque chose, y trouver à redire. "On reprend en vous bien des choses. C'est un homme de bien, je ne vois rien à
REPRENDRE est aussi verbe intransitif et se dit des Arbres, des plantes, qui prennent racine de nouveau, lorsqu'ils sont transplantés. "Ce pommier, ce poirier a bien repris." Il se dit, également des Greffes. "Cette greffe a bien repris."
Il se dit aussi des Blessures, des chairs qui ont été coupées, ouvertes, séparées; et il signifie Se refermer, se rejoindre. "La plaie commence à
Il signifie encore Se remettre. "Ce convalescent, ce malade reprend, a bien repris," Sa santé se rétablit, est bien rétablie.
"Cette pièce de théâtre a repris," Après être tombé d'abord, elle s'est relevée.
REPRENDRE signifie également Recommencer, revenir. "Le froid a repris. La pluie a repris. Cette mode a repris. Leur amitié a repris."
"Les affaires reprennent," Le commerce et l'industrie recommencent à bien aller.
"La goutte, la fièvre, etc., lui a repris," Elle lui est revenue, elle lui a pris de nouveau. On dit aussi transitivement dans le même sens : "La goutte, la fièvre, etc., l'a repris."
REPRENDRE. signifie, encore, Se figer, geler de nouveau, "Ce ciment a repris, La rivière a repris."
SE REPRENDRE signifie Se corriger d'une chose qu'on a dite mal à propos, avec ou sans intention. "Il dit un mot pour un autre, mais il se reprit aussitôt."
Il signifie encore Se remettre à une chose. "Il a fallu s'y
Le REPRIS s'emploie substantivement dans cette locution : "Un repris de justice," Un homme qui est de nouveau inculpé, ayant déjà subi une condamnation pénale. "Quelle foi peut-on ajouter à son témoignage? c'est un repris de justice."
Dictionnaire d'Emile Littré
| Verbe |
1 Prendre de nouveau. Reprendre sa place.
VOIT.: « Je suis bien aise de vous mander que nous avons repris Corbie sur les ennemis »
SACI: « Ils reprirent leurs serviteurs et leurs servantes à qui ils avaient donné la liberté, et ils les assujettirent de nouveau au joug de la servitude »
SÉV.: « Vous avez fait transir le bon abbé, de lui parler de ne pas
BOSSUET: « Les Parthes, souvent vaincus, deviennent redoutables du côté de l'Orient sous l'ancien nom de Perses qu'ils reprennent »
BOSSUET: « S'il sut soutenir le poids des affaires, il sut aussi les quitter et
BOSSUET: « Ces esclaves fugitifs qu'il faut aller
RAC.: « J'allais, en reprenant et mon nom et mon rang, Des plus grands rois en moi reconnaître le sang »
RAC.: « ....Loin de me
RAC.: « Me quitter, me
DANCOURT: « Je sais bien d'autre part que la justice approuve Qu'on reprenne son bien partout où l'on le trouve »
REGNARD: « Je ne serai pas seul qui d'une âme enchantée Aura repris sa femme après l'avoir quittée »
VOLT.: « Il devait délivrer dix chevaliers chrétiens, Venir rompre leurs fers, ou
VOLT.: « Mlle de Saint-Yves, en entendant ce discours, disait tout bas à sa compagne : Mademoiselle, croyez-vous qu'il reprenne sitôt ses habits ? »
VOLT.: « On saisit, on reprend par un contraire effort Ce rempart teint de sang, théâtre de la mort »
J. J. ROUSS.: « Combien de fois elles la reprirent tour à tour dans leurs bras ! »
DUCLOS: « Les évêques déclarèrent Thetberge [femme de Lothaire] innocente [son champion ayant subi l'épreuve de l'eau bouillante], et Lothaire la reprit ; deux ans après, elle avoua le même crime dont elle avait été si parfaitement justifiée »
Fig.
ARNAULT: « Reprendre en gémissant le fardeau de la vie »
Reprendre un navire, enlever à l'ennemi un bâtiment dont il s'était emparé. Reprendre son poste, y revenir.
Reprendre un chemin, y rentrer après l'avoir quitté.
Reprendre le chemin de, retourner à.
PICARD: « Vous allez me faire le plaisir de
C. DELAV.: « Elle allait à Bordeaux, j'en reprends le chemin »
Fig. Reprendre le dessus, regagner l'avantage perdu.
Reprendre le dessus, signifie aussi se rétablir d'une longue maladie.
Reprendre terre, mettre le pied sur la terre, en parlant d'un nageur qui arrive à l'endroit où l'eau n'est plus profonde.
Fig.
SÉV.: « Il ne s'est jamais vu d'amour
Familièrement. On ne m'y reprendra plus, je ne m'exposerai plus au même danger, au même ennui.
On dit par forme de menace : que je ne vous y reprenne plus ; que je vous y reprenne.
2 Prendre de nouveau, en parlant de boissons, de potions, d'aliments. Il a repris médecine. Il est obligé de
3 Fig. Être saisi de nouveau par des sentiments, des passions.
CORN.: « Il a repris toute sa colère Tant à nous voir marcher en si bon équipage, Les plus épouvantés reprenaient de courage ! »
CORN.: « Reprenez un orgueil digne d'elle [Rome] et de vous »
CORN.: « [Toi Sylla] Tu l'as fait un parjure, un méchant, un infâme ; Mais, s'il me laisse encor quelques droits sur son coeur, Il reprendra sa foi, sa vertu, son honneur »
RAC.: « Sauvons-le ; nos efforts deviendraient impuissants S'il reprenait ici sa rage avec ses sens »
Reprendre courage, redevenir courageux.
RAC.: « Ils reprennent courage, ils attaquent le roi, Qu'un reste de soldats défendait avec moi »
Reprendre courage, signifie aussi sortir de son abattement, se ranimer.
4 Fig. Il se dit des maladies, des maux, qui s'emparent de nouveau d'un patient. La goutte l'a repris.
VOIT.: « Comme les joies des misérables ne durent guère, le lendemain que je l'eus reçue [votre lettre], ma colique me reprit »
STAËL: « À cette nouvelle son émotion a été si vive que la fièvre qui l'avait quittée l'a reprise »
5 Rentrer en possession. Ne plaidez pas contre ce malheureux, il n'y a rien à
Fig.
FLÉCH.: « Elle savait racheter le temps, selon le conseil de l'Apôtre, et
6 Prendre ce qu'on avait donné.
CORN.: « Ô sort.... Reprenez la faveur que vous m'avez prêtée »
CORN.: « Ciel..., Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis, Si, donnant des sujets, il ôte des amis »
Épigr. sur le nom de Dieudonné que portait Louis XIV, attribuée à Bussy-Rabutin: Ce roi si grand, si fortuné, Plus puissant que César, plus vaillant qu'Alexandre, On dit que Dieu nous l'a donné : Hélas ! s'il voulait le
RAC.: « Ma vie est votre bien ; vous voulez le
QUIN.: « Fallait-il me donner ton coeur, Puisque tu voulais le
VOLT.: « Reprenez, reprenez vos funestes bienfaits »
Reprendre sa parole, retirer la promesse qu'on avait donnée.
BARON: « J'ai donné ma parole et je viens la
7 Reprendre quelque chose à quelqu'un, ou, simplement,
SÉV.: « La marquise [d'Uxelles] reprend, tous les ordinaires, les nouvelles qu'elle a mandées ; appelle-t-on cela savoir tout ce qui se passe ? »
SÉV.: « Il faut que je vous reprenne l'âme damnée de la Voisin [célèbre empoisonneuse] : on dit au contraire que son confesseur a dit qu'elle avait dit Jésus, Maria, dans le milieu du feu ; c'est peut-être une sainte »
SÉV.: « Voilà qui est bien triste, monsieur, de vous
SÉV.: « Pour Esther [de Racine], je ne vous reprends point du tout les louanges que je lui ai données »
8 Rejoindre quelqu'un pour l'emmener.
SÉV.: « Il a prié en mourant la comtesse de Guiche de venir
SÉV.: « Mon fils me mande que le sien [son voyage] finira bientôt selon toutes les apparences, et qu'il me viendra
BRUEYS: « Attendez-moi, je viens vous
Ramener chez soi, faire rentrer au logis, auprès de soi. La jeune demoiselle restera chez vous, jusqu'à ce que sa mère la reprenne.
Mme RICCOBONI: « Elle ne m'ennuyait pas, non, elle ne peut jamais m'ennuyer ; mais je trouvais qu'on tardait bien à venir la
GENLIS: « Cette femme si capricieuse, si effrontée pourra bien me
9 Continuer ce qui avait été interrompu. Reprenons notre lecture.
DESC.: « Il me reste beaucoup d'autres choses à examiner touchant les attributs de Dieu et touchant ma propre nature, c'est - à - dire celle de mon esprit ; mais j'en reprendrai peut-être une autre fois la recherche »
CORN.: « Timagène : Mais de grâce achevez l'histoire commencée. - Laonice : Four la
SÉV.: « Elles [les pluies] ont cessé, et j'ai repris mes tristes et aimables promenades »
VOLT.: « Si on reprend la charrue mal attelée de l'Encyclopédie et qu'on veuille de ces articles, je les renverrai corrigés »
GENLIS: « Cette conversation intéressa tellement le roi, qu'il la reprit plusieurs jours de suite »
RAYNAL: « Ce grand projet fut repris par les Espagnols, aussitôt qu'ils eurent fait la conquête du Pérou »
DELILLE: « Autour de lui, le temps, sous mille aspects nouveaux, Achevait, renversait, reprenait ses travaux Reprendre une instance, continuer un procès qui avait été interrompu. »
DIDER.: « D'après ce discours artificieux, l'accusation d'adultère est reprise »
10 Récapituler, résumer.
DUCLOS: « Il [le duc de Bourgogne] reprenait tout ce qui s'était fait depuis le traité d'Arras, et reprochait au roi Louis XI] de vouloir rompre la paix »
Reprendre une chose, une histoire de plus haut, la raconter en commençant d'un temps plus éloigné.
BOSSUET: « Denis d'Halicarnasse.... en reprenant dès leur origine les anciennes institutions de la république romaine, si propres de leur nature à former un peuple invincible et dominant »
BOSSUET: « Après avoir raconté les prospérités, il reprend dès l'origine toute la suite des maux »
FÉN.: « Il faut
Reprendre les choses de plus haut, remonter à des principes généraux, à des vérités antérieures.
11 Se mettre à.
SÉV.: « Vous coupiez court, et je reprenais tout aussitôt le silence »
Reprendre la parole, se remettre à parler.
12 Reprendre une tragédie, une comédie, etc. la remettre au théâtre.
VOLT.: « En 1717, M. de Crébillon fit représenter Sémiramis ; elle n'eut aucun succès, et ne sera jamais reprise »
13 Terme de maçonnerie. Reprendre un mur, le réparer, en en fermant les crevasses.
Reprendre un mur sous oeuvre, en sous-oeuvre, par-dessous oeuvre, en rétablir les parties inférieures, en soutenant le reste par des étançons.
Fig. Reprendre sous oeuvre un projet, un ouvrage, y travailler sur le même plan, mais avec certaines modifications.
14 Reprendre une étoffe, une toile, un bas, en rejoindre les parties rompues.
VOLT.: « Un tisserand continuellement occupé à
Terme de couture. Reprendre une maille, c'est refaire à l'aiguille celle qui a manqué et ainsi la rejoindre avec celles qui la suivent.
Se dit aussi, au tricot, d'une maille tombée que l'on rattrappe en la remontant jusqu'au tour où elle manque.
15 Terme de marine. Reprendre un hauban, un palan, remonter l'amarrage du cap de mouton ou de la poulie, de manière à pouvoir tendre davantage le hauban ou faire marcher plus loin la moufle.
Reprendre une manoeuvre, la raccourcir lorsqu'elle a trop allongé.
Reprendre la tournevire, en lever les tours du bas en haut de la fusée d'un cabestan, lorsqu'ils tendent à se croiser par de nouvelles révolutions.
16 Recouvrer, avec un nom de personne pour sujet.
QUIN.: « Je n'ai pu
RAC.: « Elle a repris sur vous son souverain empire »
VOLT.: « Et je reprends ma gloire et ma félicité En dérobant mon sang à l'infidélité »
VOLT.: « Il reprit à la fin sa juste autorité »
J. J. ROUSS.: « Quand une fois on a perdu le goût des plaisirs de l'âme, qu'il est difficile de le
Reprendre ses esprits,
BOSSUET: « Le prince, sans s'émouvoir, lui laisse
BEAUMARCH.: « La voilà qui reprend ses sens »
Reprendre son haleine, recommencer à respirer après une interruption.
Fig. Reprendre haleine, se reposer afin d'être en état de se remettre à une action, à un travail quelconque.
Reprendre se dit des animaux qui reviennent à leur ancien état.
BUFF.: « Les animaux [les loups], quoique adoucis par l'éducation, reprennent avec l'âge leur férocité naturelle »
BUFF.: « Dans les hautes montagnes et dans les pays du Nord, ils [les lièvres] deviennent blancs pendant l'hiver, et reprennent en été leur couleur ordinaire »
Il se dit des choses. Cette manufacture a repris un peu d'activité.
BOSSUET: « L'empire reprend quelque force sous Justinien par la valeur de Bélisaire et de Narsès »
VOLT.: « L'empire reprit bientôt sous lui sa première splendeur »
BUFF.: « J'en ai vu d'autres [tables de lave] qui pliaient sous une forte charge, mais qui reprenaient le plan horizontal, par leur élasticité »
DELILLE.: « Tout renaît ; son séjour est plus doux, l'air plus pur, Et la voûte céleste a repris son azur »
17 Censurer quelqu'un parce qu'on juge qu'il a fait ou dit quelque chose mal à propos.
SACI: « Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur ; et ne me punissez pas dans votre colère »
PASC.: « Si vous m'aviez repris dans mes premières fautes, je n'aurais pas fait celle-ci »
PASC.: « Quand il [le juste] reprend ses serviteurs, il souhaite leur conversion par l'esprit de Dieu »
BOSSUET: « Lycurgue donnait des lois à Lacédémone ; il est repris de les avoir faites toutes pour la guerre, à l'exemple de Minos dont il avait suivi les institutions »
BOSSUET: « Il a peut-être raison de
BOSSUET: « Le plaisir de dogmatiser sans être repris ni contraint par aucune autorité »
BOILEAU: « Aimez qu'on vous censure, Et, souple à la raison, corrigez sans murmure ; Mais ne vous rendez pas dès qu'un sot vous reprend »
MALEBR.: « J'avoue que je dois à M. Descartes, ou à sa manière de philosopher, les sentiments que j'oppose aux siens, et la hardiesse de le
ROLLIN: « Aristote, dans le livre où il marque les avantages et les inconvénients du gouvernement de Carthage, ne la reprend point de n'avoir que des milices étrangères »
Il se dit aussi des choses que l'on censure.
LA FONT.: « Veuillent les immortels conducteurs de ma langue Que je ne dise rien qui doive être repris ! »
MOL.: « Je vous dis que.... Et qu'il ne reprend rien qui ne soit à
MOL.: « C'est par leurs actions qu'ils [les vrais dévots] reprennent les nôtres »
Absolument.
MOL.: « À quoi qu'en reprenant on soit assujettie, Je ne m'attendais pas à cette repartie »
PASC.: « Quand on veut
MAINTENON: « C'est beaucoup si vous avez obtenu de vous de ne
FÉN.: « Elle reprend avec bonté, et en reprenant elle encourage »
VOLT.: « Non moins prudent ami que philosophe austère, Mornai sut l'art discret de
GENLIS: « Reprenant tout bas, louant tout haut »
Être repris de justice, avoir subi une condamnation en justice.
VOLT.: « Il n'est pas rare que dans une famille il y ait un homme habile qui fasse fortune, et un autre mal avisé qui soit repris de justice »
Fig. Avec un nom de chose pour sujet, corriger, servir d'instruction.
MOL.: « Rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts »
MOL.: « [La comédie] n'étant autre chose qu'un poëme ingénieux qui, par des leçons agréables, reprend les défauts des hommes »
BOSSUET: « Les mauvais succès sont les seuls maîtres qui peuvent nous
BOURDAL.: « Il n'y a point de vérité que nous devions aimer davantage que celle qui nous reprend »
18 V. n. Terme de manége. Se dit d'un cheval qui repart après un demi-arrêt.
Il se dit d'un cheval qui cesse, au galop, d'entamer avec la même jambe, et qui entame avec l'autre ; ce qui se dit aussi changer de pied. Votre cheval reprend bien.
Terme de chasse. Ce chien reprend bien, il retrouve bien la voie.
19 Reprit-il, il reprit, expressions qui, dans un dialogue, indiquent qu'on fait parler de nouveau l'un des interlocuteurs.
LA FONT.: « Laissons, reprit Iris, cette triste pensée »
BOILEAU: « Il est vrai que Quinault est un esprit profond, A repris certain fat.... »
20 Attaquer de nouveau, en parlant des maladies.
MOL.: « Cela lui reprend de moment en moment, et je crois qu'elle ne passera pas la journée »
SÉV.: « La fièvre a repris traîtreusement à Mme de la Fayette »
VOLT.: « La rage des tragédies m'a repris comme à vous »
VOLT.: « Vous n'êtes qu'à moitié guéri ; votre ancien mal vous reprend toujours »
Il se dit aussi de sentiments, de passions.
LEGRAND: « C'est sa timidité qui lui reprend, madame »
21 En parlant des végétaux, prendre de nouveau racine, après avoir été transplanté. Cet arbre a bien repris.
On dit également : Cette greffe a bien repris.
FLÉCH.: « Ces greffes malheureuses qui n'ont point repris, qui touchent bien le tronc de l'arbre qui les soutient, mais qui n'en sont pas vivifiées »
22 En parlant des chairs, des plaies, se rejoindre, se refermer. Les chairs ont repris. La plaie commence à
23 Se rétablir d'une maladie. Le malade commence à
24 Regagner de l'activité, de la prospérité, en parlant de choses. Le commerce reprend.
PICARD: « Ce quartier-ci va
25 Ce drame a repris, il s'est relevé après avoir été mal accueilli.
26 Recommencer, revenir. Le froid reprend. Cette mode a repris.
27 Se glacer de nouveau. La rivière a repris.
28 Reprendre sur, revenir sur.
SÉV.: « Puis le mercredi matin, j'en reçois encore une [lettre], et je reprends sur des chapitres que j'ai déjà commencés »
SÉV.: « Elles [des lettres] sont écrites d'un trait ; vous savez que je ne reprends guère que pour faire plus mal »
Reprendre, v. n. se conjugue avec avoir quand on veut marquer l'action : La rivière a repris hier ; avec le verbe être, quand on veut marquer l'état : La rivière est reprise depuis hier.
29 Se
MONTESQ.: « C'est l'orgueil qui n'ose pas dire ses secrets, et qui, dans les égards qu'il a pour les autres, se quitte pour se
30 En parlant des chairs, des plaies, se rejoindre, se refermer. La plaie se reprend. Les chairs se sont déjà reprises.
31 Lier de nouveau amitié.
RETZ: « Nous étions sur le point de nous
BOSSUET: « Une amitié qui a pu se
32 Concevoir de nouveau de l'attachement pour.
LAMART.: « Peut-être que mon âme.... à la vie un moment se reprendrait encore »
33 Se corriger, se rétracter de quelque chose qu'on a mal dit. Il a mal prononcé d'abord, mais il s'est repris.
LA MOTTE: « Mais, quand soi-même on sait se faire entendre Que la raison nous doit donner la loi, On sent l'honneur de se
34 Terme des mystiques. Se
HISTORIQUE
XIIème siècle
Th. le mart. 28: Vus ne li devez pas [au roi] tut son voil conseillier, Ainz le devez suvent
La bat. d'Aleschans, V. 562: [Le cheval] Reprent s'aleine, tost est revigorez
Ronc. p. 193: Chacun torna sa resne, et son tor a repris
Sax. III: Et la guerre dura tante mainte saison, Li uns rois après l'autre la reprist en son non
ib. V: [Sa première femme étant morte] Il en reprist une autre qui fu assez vaillans
XIIIème siècle
GUI DE CAMBRAI: « Et la semenche que je semme Ne reprendroit en nule terre »
GUI DE CAMBRAI: « Et dites moi comment savés, Puisque li hons sera chi mors, Reprendera l'ame son cors »
AUDEFR. LE BAST.: « En dormant vous cuid [je pense] embrassier ; E quant j'i faille au resveiller, Nule riens ne m'i peut aidier ; Lors me reprend à souhaitier »
BRUN. LATINI: « Li pueple de Israel le trainierent à chevaus [Ézéchiel], porce qu'il les reprenoit des crimes et des deableries que il faisoient »
Roi Guillaume, p. 95, dans DU CANGE, Gloss. français: Mauvaistié.... Qui peüst en lor cuers grener, Ne
Chr. de Rains, 233: Sa conscienche le reprit de la terre de Normandie, que li rois Phelippes avoit conquis sour le mauvais roi Jehans d'Engletiere
la Rose, 14806: Quant la vielle ot tant fabloié [la vieille eut tant parlé], Bel-acueil reprent la parole
Serm. de Maurice de Sully, dans Arch. des miss. scientif. t. V, p. 156: Ce demanderent il [les pharisiens] à nostre Seigneur, ne mie por aprendre, mais por
XIVème siècle
BERCHEURE: « Se les enemis eussent reprins courage »
XVème siècle
FROISS.: « Je ne vueil pas
XVIème siècle
AMYOT: « Incontinent que Domitian eust esté tué, les mois reprirent leurs anciens noms »
AMYOT: « Le mary pouvoit prester sa femme à temps, pour puis après la
AMYOT: « Et lors commencea l'on à mettre en avant, qu'il estoit besoing de
AMYOT: « Silanus mesme se reprit de ce qu'il avoit dit, et interpreta son opinion, disant.... »
AMYOT: « Faire
AMYOT: « Fabius s'en prist à rire, et luy respondit sur le champ : Tu as dit la verité ; car, si tu ne l'eusses point perdue [la ville de Tarente], je ne l'eusse point reprise »
MONT.: « Reprendre les faultes d'aultruy »
MONT.: « Avant que se laisser
MONT.: « Quand je veins à revivre, et à
MONT.: « Ce testu indocile pense il pas
MONT.: « Par advertissements et instructions reprinses à intervailes »
D'AUB.: « Ils firent un grand retranchement du coin de la Grange Loudis à travers la rue, pour aller
PARÉ: « Les nerfs, veines et arteres se reprennent quelquesfois »
COTGRAVE: « Reprenons notre chevre à la barbe »
ÉTYMOLOGIE
Bourguig. reprare ; wallon, ripreind ; provenç.
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
(Il se conjugue comme "Prendre.") Prendre de nouveau. "Reprendre son épée. Reprendre les armes. Reprendre une ville. Reprendre un prisonnier qui s'était échappé, un oiseau qui s'était envolé. Reprendre à son service un ancien domestique. Cet homme a repris sa femme après une longue séparation. Après son exil, il reprit sa place au sénat. Je l'obligerai à
"Reprendre un chemin," Y rentrer après l'avoir quitté. "Nous reprîmes le grand chemin à tel endroit."
Fig., "Reprendre le dessus," Regagner l'avantage qu'on avait perdu. Il signifie aussi, Se rétablir après une longue maladie. "Il a bien repris le dessus."
Fam., "On ne m'y reprendra plus," Je me garderai de m'exposer de nouveau au même danger, au même ennui. On dit, par forme de menace, "Que je ne vous y reprenne plus, que je vous y reprenne."
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Continuer quelque chose qui avait été interrompu. "Il a repris son travail. Ils ont repris leur correspondance interrompue. Ils ont repris leur train de vie accoutumé. Il faut
"Reprendre une chose, une histoire de plus haut," La raconter en la commençant d'un temps plus éloigné, pour rendre la narration plus claire, pour mieux éclaircir le fait. "Pour vous bien instruire de cet événement, il faut
"Reprendre les choses de plus haut," Remonter à des vérités antérieures, à des principes généraux.
"Reprit-il, il reprit." Expressions dont on se sert lorsque, rapportant une conversation, on fait parler de nouveau l'un des interlocuteurs. "Il reprit ainsi. Il reprit en ces termes. Cela est indubitable, reprit-il; mais"... Dans ces phrases, "Reprendre" s'emploie absolument.
En termes de Procéd., "Reprendre une instance," Continuer avec une nouvelle partie ou avec la même, un procès commencé, et qui avait été interrompu. "Il a fait assigner les héritiers d'un tel, pour
"Reprendre une tragédie, une comédie, etc.," La remettre au théâtre.
"Reprendre un mur," En réparer, en fermer les crevasses. "Reprendre la façade d'une maison."
"Reprendre un mur, un pilier, etc., sous oeuvre, en sous-oeuvre, par-dessous oeuvre." Reconstruire les parties inférieures d'un mur, d'un pilier, etc., en soutenant le reste par des étançons.
Fig., "Reprendre sous oeuvre un projet, une entreprise, un ouvrage," S'en occuper en suivant le même plan, mais avec certaines modifications, certains changements.
"Reprendre une toile, une étoffe, un bas d e soie, de fil, de laine, de coton," Rejoindre les parties qui sont rompues. "Ces bas sont trop déchirés, on aura de la peine à les
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Recouvrer. "Reprendre ses forces. Reprendre courage. Reprendre ses esprits. L'empire reprit quelque force sous ce règne. Elle a repris l'usage de ses sens. Il a repris tous ses droits sur elle. Cette manufacture a repris un peu d'activité."
"Reprendre son haleine," Recommencer à respirer après une interruption accidentelle, plus ou moins longue.
Fig., "Reprendre haleine," Se reposer pour se mettre en état de recommencer à parler, à marcher, à travailler, etc.
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie encore, Réprimander, blâmer, censurer quelqu'un parce qu'on prétend qu'il a fait ou dit mal à propos quelque chose. "Reprendre doucement. Reprendre aigrement, rudement. On a beau
Il s'emploie avec le pronom personnel, et signifie, Se corriger, se rétracter de quelque chose qu'on a dit mal à propos avec ou sans intention. "Il dit un mot pour un autre, mais il se reprit aussitôt. Il laissa échapper un terme peu convenable, mais il se reprit dans le moment."
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Blâmer, censurer, critiquer quelque chose, y trouver à redire. "Reprendre les vices. On reprend en vous bien des choses. C'est un homme de bien, je ne vois rien à
6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit neutralement Des arbres, des plantes, qui prennent racine de nouveau, lorsqu'ils sont transplantés. "Ce pommier, ce poirier a bien repris." On le dit également Des greffes. "Cette greffe a bien repris."
Il se dit aussi Des blessures, des chairs qui ont été coupées, ouvertes, séparées; et il signifie, Se refermer, se rejoindre. "La plaie commence à
Il s'emploie, en ce sens, avec le pronom personnel. "La plaie se reprend. Les chairs se reprennent."
"Ce convalescent, ce malade reprend, a bien repris," Sa santé se rétablit, est bien rétablie.
"Cette pièce de théâtre a repris," Après être tombée d'abord, elle s'est relevée.
7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
neutre, signifie quelquefois, Recommencer. "Le froid a repris. Le chaud a repris. La pluie a repris. Cette mode a repris. Leur amitié a repris."
"La rivière a repris," A commencé à geler de nouveau, à se glacer encore.
"La goutte, la fièvre, etc., lui a repris," Elle lui est revenue, elle lui a pris de nouveau. On dit quelquefois activement, dans le même sens, "La goutte, la fièvre, etc., l'a repris."
8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
s'emploie aussi neutralement en termes de Manége, et se dit D'un cheval qui cesse, au galop, d'entamer avec la même jambe, et qui entame avec l'autre; ce qui s'appelle aussi, Changer de pied. "Votre cheval reprend bien. Faites que votre cheval reprenne."
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Verbe |
["Reprandre": 1re et dern. "e" muet, 2e. lon.
- Il se conjugue comme "prendre".] 1°. Prendre de nouveau. '"Reprendre une" Ville: "reprendre" à son service un domestique. 'Il "a repris" sa place, etc.
Je lui dois tout. Il me chasse aujourd' hui.
Obéissons. Ses bienfaits sont à lui:
Il peut user du droit de "les
Nanine.
- 2°. Saisir de nouveau. 'On "a repris ce" prisonier, qui s'était sauvé.
- 3°. Continuer ce qui avait été interrompu. '"Reprendre le" discours, "la" conversation. 'Après cette interruption, il "reprit" ainsi "son" discours.
- Au Palais, "
- 4°. Rétablir, ranimer. '"Reprendre ses" forces, "ses" esprits, "son" haleine. "Reprendre courage". = "Reprendre un" mur sous oeuvre; en rebâtir les fondemens.
- "Reprendre une" toile, "une" étofe, etc. les rejoindre.
- 5°. Réprimander, blâmer. '"Reprendre" doucement, ou aigrement, rudement. 'Il "l'a repris" avec beaucoup de sévérité. Il est facile de "reprendre", dificile de faire mieux. = "Se
- 6°. Critiquer, trouver à redire. En ce sens, il se dit sur-tout à l'infinitif, ou sans régime: 'Quelque excellent que soit un ouvrage, il y a toujours à "reprendre"; ou avec "à", "dans", etc. 'Il trouve à "
- 7°. "V. n." En parlant des arbres transplantés, prendre de nouveau racine. 'Cet arbre "a" bien "repris"; on le dit aussi des grèfes. = 8°. "Se
"Rem." En parlant des maux qui reviènent, Mde. "de Sévigné" fait "reprendre", tantôt actif, tantôt neutre. 'La fièvre tierce "l'a reprise": 'La fièvre "a repris" traiteusement "à" Mde "De La Fayette". Je ne condamnerais pas le premier, mais le 2d est le meilleur, le plus sûr, le plus conforme au bel usage et à l'analogie: j'aimerais mieux dire, la fièvre "lui a repris", que "l' a repris". 'Ce sombre accês d'enthousiasme ne "reprit" plus "aux" Puritains de la nouvelle Angleterre. "Rayn."
Emplacement dans le dictionnaire :
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)...des bouées pour eux, -mais à quoi bon ? -on aimait encore mieux ne plus les voir reparaître, car alors, à cause de ce danger de tomber en travers à la lame , on n'aurait pas pu s'arrêter pour les reprendre, et il aurait fallu avoir ce courage horrible de les abandonner. Seulement on fit l'appel de ceux qui restaient, pour savoir le nom du second qu'on avait perdu : c'était un petit novice très sage,...
Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)
...l'équipage, ne montant que pour son quart et pour la manoeuvre, baissant la tête, n'osant plus me voir. Oh ! Ces résolutions qu'on a reprises vingt fois, qu'on n'a pas su tenir... on n'ose plus les reprendre encore, ou du moins on n'ose plus le dire... et on s'affaisse, inerte, laissant passer les jours, attendant le courage et l'estime de soi-même, qui ne reviennent pas... peu à peu cependant nous...
Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)
...j'ai tant aimées plus tard... je voulais toujours être pasteur, assurément ; d'abord il me semblait que ce fût mon devoir. Je l'avais dit, je l'avais promis dans mes prières ; pouvais-je à présent reprendre ma parole donnée ? Mais, quand je cherchais, dans ma petite tête, à arranger cet avenir, de plus en plus voilé pour moi d'impénétrables ténèbres, ma pensée se portait de préférence sur quelque...
Citation n°4 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)
...venait au côté une douleur aiguë, qui s'exaspérait vite, vite, jusqu'à être quelque chose d'atroce et d'indicible. Il tourna sur lui-même deux ou trois fois, la tête perdue de vertige et cherchant à reprendre son souffle au milieu de tout ce liquide rouge dont la montée l'étouffait, -et puis, lourdement, dans la boue, il s'abattit. 3e PARTIE, II Environ quinze jours après, comme le ciel se faisait...
Citation n°5 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)
...d'où montait tout ce bruit. Ils couraient tous deux, cinglés en plein visage, le corps penché en avant contre les rafales, obligés quelquefois de se retourner, la main devant la bouche, pour reprendre leur respiration que ce vent avait coupée. D'abord, il l'enlevait presque par la taille, pour l'empêcher de traîner sa robe, de mettre ses beaux souliers dans toute cette eau qui ruisselait par...
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